Restrictions syndicales, multiplication des DRH...

Publié le par Syndicat FiRST

 

En 2008, sous Sarkozy, la « Loi n° 2008-789 du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail » rebattait les cartes du monde syndical. Inspirée d'une «position commune» entre le Gouvernement, le MEDEF, la CGPME, la CGT et la CDFT, le texte modifiait les critères de représentativité des organisations et les conditions de validation des accords. Derrière une volonté affichée par le Gouvernement de rendre plus efficace le dialogue social, se dissimulait en réalité l'ambition de fracturer le front syndical, d'éliminer les organisations plus modestes et d'empêcher l'émergence de nouvelles structures. Pour sa part, la Direction de la SNCF avait décidé d'aller plus loin encore dans l'esprit de la loi, en érigeant des règles particulièrement défavorables aux organisations « non-représentatives », les excluant même des réunions métiers, autres tables rondes et informations. Malgré ces privations, certaines ont survécu jusqu'à présent,  dont FiRST, portées par la seule force de leurs militants.

 

Macron, quant à lui, a porté un nouveau coup à la représentation du personnel en remplaçant les Comités d’Etablissements, délégations du personnel et autres représentants CHSCT par une instance unique, le CSE. Les élections professionnelles de novembre porteront sur ce nouveau champ. Un syndicat a réalisé une projection de l'impact de cette réforme des structures à la SNCF : près de 90 % des représentants du personnel pourraient disparaître. Les négociations qui se déroulent entre «syndicats représentatifs» et direction limiteront peut-être la casse, sans la juguler. Cette fois, c'est l'ensemble des syndicats qui sera mis au régime sec. Seul mérite de cette situation : certains connaîtront désormais les difficultés qu'ils ont fait subir à d'autres par la passé. Pour autant, il faut se garder de se réjouir d'une telle situation car tous vont « morfler », à commencer par les salariés.

 

La situation des syndicats aujourd'hui « non-représentatifs » n'en sera que plus précaire encore, sauf à franchir la barre des 10 % aux prochaines élections. Le front syndical est fracturé depuis 2008. Même face à un enjeu majeur tel que l'avenir de l'entreprise confrontée à une réforme sans précédent, les principaux syndicats ont encore récemment refusé de s'unir avec leurs homologues plus modestes, préférant pratiquer l'exclusion en vigueur depuis dix ans à l'union face au danger. A cette division s'ajoutera désormais une baisse drastique des moyens. En outre, l'éloignement entre les futurs représentants du personnel et leurs mandants leur interdira tout travail de proximité. Les réunions nationales, qui traiteront à la fois du social, du professionnel, des conditions de travail, ne peuvent être prolifiques, comme l'illustrent les expériences menées depuis déjà quelques années. Une nouvelle fois, le but n'est pas d’améliorer le dialogue social mais de casser toute possibilité de résister aux « évolutions » qui se préparent.

 

Dernier risque, qui pèse très lourdement sur l'avenir des acquis des cheminots, c'est la propension grandissante d'une partie d'entre-eux, élection après élection, à encourager le « syndicalisme » d'accompagnement. Cela ne fait aucun doute : si autant de reculs sociaux ont pu être imposés aux cheminots ces dernières années, c'est bien du fait du déséquilibre des forces nés de l'émergence de ce type de « syndicalisme ». Certes, certains syndicats portent la lourde responsabilité d'avoir eux-mêmes contribué à la fragilisation des forces. Mais les salariés ont aussi, pour partie, contribué à cette situation dans les isoloirs. La Direction de l'Entreprise compte bien mettre à profit les failles pour porter l'estocade finale aux dernières acquis sociaux. Son projet de pacte social vise à priver les bénéficiaires du Statut de leurs derniers acquis. Sans doute un nouveau nivellement vers le bas « par soucis d'équité », comme aiment à le préciser les prédateurs sociaux. Et pour ce faire, pas moins de deux DRH seront mis à contribution.

 

 

Petit rappel historique. En juin 2014, Jean-Marc Ambrosini fut nommé « directeur général délégué Cohésion et Ressources Humaines », succédant à ce poste à Loïc Hislaire. Ce transfuge de la RATP avait été spécialement recruter pour maîtriser les conséquences sociales de la réforme SNCF de l'époque. Avec un succès mitigé, dans la mesure où les enjeux politiques prirent le dessus sur le ambitions de la SNCF. Exit Ambrosini en décembre 2017, avec son départ vers les Audits et Risques. La relève est exercée par Benjamin Reignault, ex bras droit de l'ancien DRH et Alain Picard, ex-patron du pôle logistique et transport de marchandises. Comme en 2014, le choix de ce duo n'est pas innocent. La mission de ceux deux hommes sera de présider aux bouleversements sociaux induits par la réforme, et d'aller plus loin dans les reculs sociaux par déclinaison du nouveau pacte social.

 

Sera-t-on une nouvelle fois victimes d'attaques contre ce qu'il reste de nos acquis ? Évidemment oui ! Du vote des cheminots aux élections professionnelles de novembre dépendra grandement l'avenir des cheminots et de leur Entreprise. Si les urnes venaient à confirmer les tendances relevées ces dernières années, il y aurait beaucoup de soucis à se faire. La direction ne demande que ça, elle n'attend que ça pour accélérer encore le rythme des décisions néfastes qu'elle impose aux salariés. Plus que jamais, les cheminots doivent prendre leur destin en main, en offrant une chance à ceux qui, depuis 10 ans, se battent avec les moyens du bord pour défendre leurs intérêts. Donnez-nous les moyens de vous défendre efficacement, donnez un coup de pied dans la fourmilière. En novembre, osez le changement, faites le bon choix, vous ne serez pas déçus.

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