Rentrée 2019 : Haro sur les retraites… et sur les retraités

Publié le par Syndicat FiRST

 

De le réforme de la SNCF promulguée cette année, les cheminots retiendront sans doute essentiellement les reculs sociaux qui seront imposés aux nouveaux embauchés, un bouleversement du statut de la SNCF, et l’absence de solutions à court terme visant à remettre le réseau à niveau. Tous les ans, la SNCF supprime plus ou moins 2000 postes. Il est évident qu’à ce rythme, service client, service public et modernisation du réseau relèvent d’un pari impossible.

 

Mais il y a plus grave. Ces faits ne sont pas à considérer isolément, car ils résultent d’une stratégie anti-sociale plus globale, que la France n’a plus connue depuis des années. La disparition du Statut des cheminots préfigure, comme annoncé maintes fois par FiRST, d’autres réformes qui impacteront les autres salariés, mais aussi les chômeurs et les retraités. Une fois le dernier bastion social français ébranlé, la porte semble ouverte à toutes les dérives.

 

Macron ne s’en était pas caché, l’un de ses objectifs était bien de réformer les retraites. Et cela devrait se faire dès 2019, avec toutefois une application différée et une mise en œuvre progressive. Le Gouvernement souhaite en effet instaurer un nouveau système universel. Les pensions seraient calculées de la même manière quel que soit le régime. Sans doute reverra-t-on, apparaître comme justification la notion d’ « équité »… Oubliant au passage que le caractère spécial de certains régimes constitue une compensation du travail ou de sujétions particulières sous une forme autre que le salaire. Une fois de plus, l’ équité sera synonyme de nivellement vers le bas et d’injustice.

 

Une profonde modification des règles de calcul

 

A ce jour, le montant des pensions se fonde sur le nombre de trimestres cotisés avec pour référence le salaire annuel moyen (calculé sur les 25 meilleurs années pour les salariés relevant du régime général et les 6 derniers mois d’activité pour les cheminots au Statut). Ce montant peut également être impacté par une décote ou une surcote. Avec la réforme, la notion de trimestre cotisé pourrait être remplacée par différents dispositifs, à l’étude :

Retraite par points

Le montant de la pension serait calculé à partir du nombre de points acquis au cours de la carrière. Ce nombre de points dépendra des revenus touchés par l'assuré. Ce dernier sera libre de partir quand il le souhaite dès lors qu'il aura atteint l'âge de départ en retraite et qu'il estimera avoir cotisé suffisamment de points. Sa pension sera calculée en multipliant son nombre de points acquis par leur valeur de liquidation au jour du départ en retraite. Le principe du régime par répartition serait pour autant conservé : les cotisations versées par les actifs continueraient de payer les pensions des retraités. Idem pour la seconde hypothèse.

Le « Compte notionnel »

L’idée qui prévaut serait de reverser au pensionné ce qu’il a cotisé en travaillant. Un compte virtuel intégrerait les versements retraite effectués tout au long de la carrière. Le total serait divisé par le nombre théorique d'années de vie restantes, évalué à partir de l'espérance de vie pour la classe d'âge concernée. Exemple : un salarié part à la retraite à 62 ans. Il a cotisé 150 000 euros. Si l'espérance de vie pour sa génération est de 78 ans, il lui reste donc théoriquement 16 ans à vivre. Le montant annuel de sa retraite sera alors égal à 150 000 / 16 = 9375 euros par an, soit 781 euros par mois.

 

Les mêmes règles de calcul mais des taux de cotisation différents

 

Pour le Gouvernement, l’uniformisation des règles de calcul n’impliquerait pas celle des taux de cotisation. Selon leurs statuts, les salariés pourraient être soumis à des taux de cotisation différents. Mais la pension perçue serait bien entendu tributaire des taux et des montants versés.

 

La fin des régimes spéciaux

 

Après la disparition programmée de leur Statut, les cheminots risquent d’être impactés par un nouveau recul social… Et pas qu’eux, puisque les agents de la RATP ou d’EDF devraient aussi être touchés. Pour éviter une convergence de la grogne, voire des luttes, le Gouvernement pourrait jouer la division, sans renoncer aux principes de base de sa réforme. Ainsi, des taux de cotisation, des conditions d’âge de départ spécifiques ou d’autres particularités pourraient être « négociées » dans les entreprises… sans renier le fait que ce qui serait présenté comme des « avantages » seraient pris en charge par les salariés. Cela ressemble curieusement à la disparition d’un Statut au profit d’une Convention Collective qui reste à négocier et dont le niveau sera forcément inférieur à celui du texte qu’elle remplace ! Oui, les régimes spéciaux sont menacés !

 

Le mirage de la Pénibilité

 

L’intégration de la notion de pénibilité dans les critères de pension a maintes fois servi d’alibi aux reformes des retraites. Dans les texte, cette notion est restée marginale, malgré le flot de promesses. Selon le programme du candidat du candidat Macron, la pénibilité serait retenue dans la formule de calcul des retraites. Mais rien ne garantit que cette contrainte, qui joue sur l’espérance de vie des salariés, sera enfin prise en compte de manière notable.

 

Veuves et veufs impactés

 

La réforme devrait également impacter les pensions de réversion. Le gouvernement compte modifier leur régime et « harmoniser » leurs conditions d'attribution. Le montant des pensions pourraient être diminué pour certains et être augmenté pour d'autres, sans impacter les pensions versées  avant l'entrée en vigueur de la réforme. Signalons le taux anormalement bas de certaines pensions de réversion, bien en deçà de certaines aides versées çà et là, et qui place le conjoint survivant dans une situation de précarité totalement indigne.

 

Retraités vache à lait

 

La hausse de la CSG touchant les retraités atteint 1,8 %, ce qui n’est pas sans effet sur les bénéficiaires des pensions les plus modestes. La « réévalutation des pensions » de 2017, à savoir +0,8 %, ne permet pas de compenser cette perte, d’autant que depuis 2014, aucune hausse sensible des pensions n’a été enregistrée. Lors d’une intervention très récente, le Premier ministre annonçait une désindexation des pensions sur l’inflation. Celles-ci ne progresseraient que de 0,3 % par an sur les deux années à venir. A comparer avec l'inflation estimée provisoirement pour 2018 qui s’élèverait à de 1,6 % !

Provocation ou mépris, le Président de la République évoquait en juin la situation des retraités. Au journal de 13h, Emmanuel Macron avait « remercié » les retraités de l’effort  qu’il leur avait imposé au nom, disait-il, de la « solidarité nationale » en faveur des jeunes générations. Au fait, en quoi l’effort des anciens a-t-il fait évoluer la situation des plus jeunes ? Mystère !

 

Pour conclure

 

Comme écrit à de multiples reprises par FiRST, les reculs sociaux passés et à venir ne résultent en aucun cas du hasard, mais sont les conséquences directes de choix démocratiques d’une partie des électeurs de notre pays, sur la base d’un programme connu à l’avance. Que ces choix aient été assumés, effectués par défaut, par indifférence ou attrait des apparences, salariés et pensionnés en paient le prix fort. Ce qui est vrai à l’extérieur de l’Entreprise est également vrai en interne. Depuis quelques années, les équilibres sociaux ont été fragilisés par le soutien d’une partie grandissante des cheminots à des politiques d’accompagnement des reculs sociaux.

Si l’avenir des électeurs repose entre leur main pour le pire, il peut l’être aussi pour le meilleur. Tout peut changer, en bien… Il suffit le moment de le vouloir, et de s’y attacher. FiRST a besoin de vous pour vous défendre.

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