La SNCF prise en flagrant délit de trahison

Publié le par Syndicat FiRST

 

Certaines organisations syndicales ont décidé unilatéralement de faire de d’aujourd’hui une journée sans cheminot et à inviter les agents à voter pour ou contre la réforme proposée par le Gouvernement. FiRST ne condamne pas le principe d’une remobilisation des troupes mais regrette qu’une fois de plus, les conditions d’un véritable rassemblement des forces syndicales aient été écartées. Comme déjà écrit à de multiples reprises, l’ampleur des menaces que peser les projets du Gouvernement sur la SNCF et sur son personnel aurait nécessité une véritable unité syndicale. Certains y ont préféré la division pratiquée depuis une décennie…

 

En ce que concerne l'expression des cheminots sur la réforme, FiRST ne peut que s’interroger sur les conditions dans lesquelles se dérouleront les votes : organisation, localisation géographique des bureaux de vote, environnement, conditions de dépouillement, neutralité des organisateurs, objectivité du dispositif… Et bien entendu exploitation futures des données personnelles recueillies lors de ce scrutin. En un mot, la prudence s’impose.

 

Pas plus tard que vendredi dernier, les deux syndicats d’accompagnement de la SNCF ont salué la « volonté d’avancer » et l’ « écoute » d’Elisabeth Borne… Tout cela sans renoncer, sans doute à leur corps défendant, à participer à une énième phase du conflit qui se déroule aujourd’hui. A l’inverse de ses prédécesseurs, ce Gouvernement a poussé l’arrogance à se passer du soutien de ceux qui « retournent leurs vestes toujours du bon côté », les contraignant à feindre d’obtenir des « avancées » qui n’en sont pas. Effectivement, côté Ministère et SNCF, la volonté d’avancer existe mais pas dans le sens espéré par les cheminots. Pas plus tard que ce dimanche,"Le Parisien" révélait l’existence d’un document interne SNCF qui contrecarre totalement les promesses du Gouvernement.

 

Ce dernier a répété à l’envi que la transformation de la SNCF en Société Anonyme n’aurait pas pour finalité sa privatisation. 100 % de l’Entreprise devaient rester publics. C’est d’ailleurs ce que prévoit le projet de loi : « le capital de la société nationale SNCF est intégralement détenu par l’Etat ». Pour autant, un mail relatant une réunion entre des membres du Ministère des Transports et quatre hauts dirigeants de la SNCF relate une proposition d’amendement de cette dernière « prévoir l’incessibilité… Nous avons insisté sur la nécessité de la restreindre au niveau de la holding ». En clair, la vente de titres de SNCF Réseau et SNCF Mobilités demeureraient interdites sauf future évolution législative, mais pas celle des filiales.

 

Le Gouvernement n’a-t-il pas annoncé récemment la filialisation de Fret SNCF, un des anciens fleurons de l’Entreprise, ruiné par la première étape d’une ouverture à la concurrence débridée du rail ? Quid aussi de l’activité TER qui, elle aussi, risque de subir le même sort dans la lignée des arguments développés par le Gouvernement pour justifier sa réforme : dissoudre les structures et niveler les acquis sociaux vers le bas pour rester concurrentiels…

 

Dans le cadre d’une publication de « Les Infos » publiée dans l’urgence ce dimance, la SNCF tente de démentir : « Les trois sociétés seront et resteront à 100 % publiques… La réunion faisait référence à des marchés très particuliers, du type lignes transfrontalières ou CDG express… ». Sauf qu’à la SNCF, c’est l’exception qui tend à devenir la règle. Filialisée, Fret SNCF pourrait effectivement s’ouvrir à la concurrence. Le transfrontalier ? L’international ne constitue-t-il pas un axe majeur de développement de la SNCF… qui pourrait de fait échapper à ce qui resterait de la « maison-mère ». Idem pour les nouveaux trafics. En septembre 2016, le Tram 11 Express était inauguré en grandes pompes. Son exploitation fut dédiée à Transkeo, filiale de la SNCF. Les rames circulant sur cette ligne SNCF sont conduites par des salariés relevant du droit privé… 10 ans plus tôt, la SNCF mettait sur rail le tram T4 Aulnay-Bondy, conduit, lui, par des cheminots à statut. A l’époque, la direction de la SNCF jurait mordicus que ce premier tram-train constituerait un véritable tremplin pour la SNCF et ses cheminots… Les promesses n'engagent que ceux qui y croient.

 

Face à la révélation récente du journal « Le Parisien », un responsable syndical évoquait « une rupture de confiance »… Pour FiRST, il n’est pas possible de rompre ce qui n’existe pas. Avant même de lancer sa réforme, le Gouvernement a multiplié les provocations à l’égard du personnel de la SNCF. Pour réformer, il a commencé par dénigrer le personnel… S’ensuit une période de pseudo-concertation limitée à certains interlocuteurs et dont les sujets essentiels sont écartés… Puis une provocation supplémentaire avec l’annonce surprise de la filialisation de Fret SNCF… Autre gage de sérieux de ce Gouvernment, financier cette fois : l’annonce de la commande de 100 TGV neufs à l’insu du Conseil d’Administration de SNCF Mobilités… Vous avez dit confiance ?

 

Pour sa part, FiRST s’est inscrite dès le 2 avril au soir et sans tergiverser dans une perspective de lutte contre l’éclatement de la SNCF et la remise en cause des acquis des cheminots. A ce jour, nul ne connaît l’issue des actions qui sont et seront menées, mais une certitude persiste : face aux attaques du Gouvernement et à la complicité de la direction de la SNCF, la lutte menée est légitime et ceux qui la portent seront fiers de l’avoir menée.

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