Macron : le "fascinateur"

Publié le par Syndicat FiRST

 

 
La pondération des propos d'Emmanuel Macron au JT de 13h00 de TF1 n'a d'égale que la brutalité des mesures prises par son Gouvernement à l'égard des cheminots et de leur entreprise.
 
A écouter le Président de la République, le monde évolue rapidement. Les mesures et autres réformes mises en œuvre par son Gouvernement n'auraient pour vocation que de préserver ou de défendre les intérêts des français et l'avenir du pays... En réalité, il s'agit, pour le Gouvernement, de lever tous les freins à une politique qui se révèlera de plus en plus inégalitaire !
 
Dans le cas de la SNCF : les retards, les origines des dysfonctionnements, la question de la dette, l'arrivée de la concurrence sont des problématiques connues de longue date qui nécessite sans doute des adaptations, mais en aucun cas la réforme que le Gouvernement souhaite imposer.
 
Première étape de la manipulation mentale : citer un problème, bien réel en soi, pour légitimer des pistes qui cachent d'autres enjeux, soigneusement éludés : transfert d'une partie de la manne financière TER(3 milliards d'euros par an) au secteur privé, imposition de reculs sociaux aux cheminots dans un premier temps, puis extension à l'ensemble des salariés... Dans le même temps, la question de la dette de SNCF réseau est reportée aux calendes grecques : "il faudra regarder les modalités techniques", se contente d'affirmer le Président. Des modalités qui auraient dû être examinée dès 1991 !
 
Seconde étape : Après avoir soufflé le froid (Edouard Philippe n'a-t-il pas rendu la SNCF responsable de tous les maux du ferroviaires), Emmanuel Macron temporise : "les cheminots ne sont pas des privilégiés", il n'y a "pas de mépris" envers eux. Ah bon ? Depuis que la SNCF existe, aucun Gouvernement n'avait été aussi méprisant face à la SNCF et à son personnel. Non, Monsieur Macron, il n'y a pas eu d' "erreur" dans la communication du Gouvernement. Tout cela répond à une stratégie bien établie. M. Sarkozy avait adopté exactement la même lors de la réforme des régimes spéciaux...
 
Troisième étape : les sacrifices : Tout le monde fait des sacrifices, aux cheminots de faire des efforts, selon Macron. Sauf que des efforts, les cheminots ont font déjà tous les jours pour que la qualité du service offert aux usagers soit la moins mauvaise possible dans un contexte de désorganisation de l'entreprise (dû notamment aux cloisonnements imposés par les lois libérales soutenues par Macron) et du désintérêt de tous les gouvernements successifs pour le rail. Des sacrifices qui, selon la même approche, pourraient être étendus à l'ensemble des français. Vous souhaitez obtenir un emploi ? Allez bosser à 1000 km de chez vous... Ou alors, cumulez 4 ou 5 emplois pour survivre, comme en Allemagne. Ou alors acceptez d'être embauché en quelques minutes, comme en Angleterre, pour vous faire jeter dans un temps aussi court...
 
Quatrième étape : le dialogue... Concerter, c'est se réunir avec les parties prenantes avant de prendre une décision. Mais pour la SNCF, toutes les décisions ont été arrêtées mi-2017. Les Marcheurs votent les textes qui leur sont soumis à tour de bras sans rien y comprendre. Lors d'une réunion entre Ministre et certains syndicats sur le transfert des cheminots aux opérateurs privés, les représentants du personnel constatent avec effroi que le Gouvernement ignore le contenu d'un texte réglementaire qui comprend une bonne partie des acquis (Statut des relations collectives entre la SNCF et son personnel). Mais à part cela, "il faut faire la réforme ensemble" et "avoir de la considération" dixit Macron.
 
L'intervention d'Emmanuel Macron relève plus d'une séance d'hypnose, de "fascination" que d'une intervention politique.
Son approche simpliste et faussement pédagogique de la problématique SNCF, sa propension à préserver les cheminots du mépris de son propre Gouvernement, sa volonté de concerter sans négocier l'essentiel, visent essentiellement à perturber la perception des enjeux réels de ses décisions.
 
Mais face aux contraintes que sa réforme imposerait aux cheminots, ces derniers demeurent hermétiques aux gesticulations du "fascinateur". Les conséquences dramatiques de cette réforme, dont la disparition d'acquis sociaux plus que centenaires, les maintiennent plus qu'éveillés : ils sont combatifs et le resteront !
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