Réforme SNCF : les propos du Premier ministre décryptés par FiRST

Publié le par Syndicat FiRST

L'heure de la vengeance a sonné ?

 

Jamais les attaques contre la SNCF et son personnel n’ont été aussi nombreuses, convergentes, perfides, et ignobles. Rien ne semble arrêter, jusqu’à présent, la politique de destruction ferroviaire et sociale massive de ce Gouvernement. Au regard des projets évoqués, les cheminots ont déjà tout perdu : Statut, Entreprise, Réseau... Il nous reste donc tout à gagner !

Le temps n’est pas à la résignation mais à l’action. La première d’entre-elles aura lieu le 22 mars. FiRST sera de la partie.

En attendant, FiRST a décrypté point par point la récente intervention d’Edouard Philippe.

Manipulation

Edouard Philippe « Les Français, qu’ils prennent ou non le train, payent de plus en plus cher pour un service public qui marche de moins en moins bien ».

FiRST : le constat est bien réel, mais le Premier ministre souligne des effets dont il occulte opportunément les causes réelles : gestion technocratique de la SNCF, suppression de 2000 postes tous les ans, abandon du réseau classique au profit de projets de lignes à grandes vitesses sur ordres des pouvoirs politiques successifs, ouverture à la concurrence sans harmonisation économique et sociale préalable, promotion de la route au détriment du rail malgré les incantations récurrentes en faveur du « développement durable »…

Quand bien même la SNCF serait entièrement privatisée, la situation du rail ne s’améliorerait ni à court, ni à moyen terme. Par ailleurs, le Gouvernement envisage faire payer les TER, Franciliens et Intercités plus cher demain. Son ambition est de diminuer « progressivement » la part du billet prise en charge par les Autorités Organisatrices. Le silence d’Edouard Philippe est assourdissant sur ce point ! En Angleterre, la même politique a fait bondir le prix des billets de 114 % en moyenne. Ils ont triplé sur certaines lignes ! Qu’en pensent les usagers ?

Urgence

Edouard Philippe « Face à l'urgence, le projet de loi d'habilitation sera présenté au Parlement à la mi-mars pour une adoption des principes clés avant l'été. La SNCF, elle, devra présenter avant l'été un projet stratégique d'entreprise garantissant une meilleure qualité de service pour les usagers des transports et une gestion plus efficace, tout en étant porteuse d'un nouveau contrat social avec les cheminots ».

FiRST : Il y a effectivement « urgence »… depuis plus de 20 ans ! Urgence à rembourser à la SNCF la dette Infrastructures (environ 47 G€) comme imposé par une directive européenne datant de 1991, urgence à remettre le réseau classique en état, urgence à rompre avec la politique d’ « efficience » au profit d’un retour aux objectifs de qualité et de sécurité, urgence à embaucher les effectifs indispensables à offrir aux usagers des prestations de haut niveau, urgence à reconnaître l’implication des cheminots. Des salariés qui,  malgré la désorganisation de leur entreprise, le blocage des salaires durant 3 ans, des  conditions de travail de plus en plus dégradées, un « management » de plus en plus répressif, continuent d’assurer le meilleur service possible aux clients.

Comment la SNCF pourrait-elle réaliser en quelques mois seulement des objectifs hors de portée, au vu des retards accumulés dans l’entretien du réseau classique, de l’impact des événements extérieurs sur la circulation des trains, des cloisonnement érigés entre les services répondant à des objectifs technocratiques et grevant la réactivité de l’Entreprise, du manque d’investissement des Gouvernements qui se sont succédés… ?

Pour le Gouvernement, la motivation de l’ « urgence » est ailleurs. Contrairement à une idée reçue et répandue, les finances de la SNCF sont la plupart du temps dans le vert. Pour 2017, la SNCF se félicite d’un résultat net récurrent de 679 millions d'euros. Une performance à mettre sur le compte de la hausse du chiffre d'affaires et des efforts de productivité auxquels les cheminots sont soumis. La vraie « urgence », pour ce Gouvernement, c’est de transférer au secteur privé l’outil et la manne financière ferroviaires.

Fermeture de 9000 km de lignes

Edouard Philippe « Je ne suivrai pas le rapport Spinetta sur ce point. On ne décide pas la fermeture de 9.000 km de lignes depuis Paris sur des critères administratifs et comptables »

 

FiRST : le rapport Spinetta ne définit le nombre de kilomètres de voies et encore moins le périmètre des lignes à fermer. Le Premier ministre réfute une perspective qui n’existe pas telle qu’il la décrit ! L’approche du rapporteur est infiniment plus perverse. Jean-Cyril Spinetta plaide en faveur de l’élaboration d’un état des lieux des liaisons les moins fréquentée. Les lignes pour lesquelles « les investissements visant à assumer un haut niveau de performance sont justifiées » feraient l’objet d’investissements nationaux. Quant aux petites lignes dont « la rénovation est justifiée d'un point de vue socio-économique », leur sort dépendrait des Régions, contraintes de financer leur remise à niveau et leur maintenance. Il appartiendrait donc à ces autorités organisatrices, dont la dotation vient d’être minorée de 450 millions d’euros, d’assumer les conséquences politiques des fermetures de lignes ! Edouard Philippe ne supprime pas de dessertes, il les asphyxie financièrement et abadonne aux Présidents des Régions le soin d’expliquer la situation aux usagers ! Au final, le résultat sera le même : un tiers du réseau pourrait disparaître !

La fin du Statut

Edouard Philippe « Aux nouvelles générations, aux apprentis, à tous ceux qui veulent s'engager dans la SNCF, nous disons qu'ils bénéficieront des conditions de travail de tous les Français, celles du Code du travail. À l'avenir, à une date qui sera soumise à la concertation, il n'y aura plus de recrutement au statut ».

FiRST : Justice sociale selon les uns… Nivellement vers le bas pour tous selon FiRST. L’approche du Gouvernement est aussi simpliste que fallacieuse. En résumé, le Statut des cheminots est responsable de tous les maux : dysfonctionnements, retards, baisses de performances, augmentation des coûts et des prix… Les cheminots, présentés comme nantis ou privilégiés, sont littéralement jetés en pâture au peuple. Cette approche ignoble ne va pas sans rappeler les pires moments de l’histoire, ou telle ou telle catégorie de la population était livrée à la vindicte populaire…

Remettre en cause le Statut des cheminots, c’est remettre en cause plus de 110 années d’évolutions sociales… Cela relève d’une forme de vandalisme social, qui ne manquera pas d’être étendue à l’ensemble du monde salarial le moment venu. Le Code du Travail comme élément de référence ? Ce repère social se trouve aussi dans le collimateur du Gouvernement. Où s’arrêtera-t-on ?

Rappelons que le « Statut » et ses règles constituent une contrepartie du travail effectué livrée sous une autre forme que la rémunération. Le remettre en cause devrait impliquer, en toute logique, une compensation salariale à hauteur des acquis remis en cause !

Aux partisans d’une « justice sociale » visant à abolir des pseudos « privilèges », FiRST pose la question : tous les français perçoivent-ils le même salaire, doit-on les calquer tous sur le SMIC ? Et au final, quel SMIC, le SMIC français ou celui de certains pays européens qui se situe autour de 400 € ? Tous égaux devant les droits, mais le moins de droits possible, telle est la démarche intellectuelle nos décideurs.

Une autre approche, humaine et sociale, viserait à établir les règles européennes et nationales indispensables à préserver les intérêts de tous. C’est là le premier rôle des « politiques » ! A l’inverse, les riches deviendront plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres !

 

L’opposition Public-Privé

 

Edouard Philippe : « Il est temps d'oser mener la réforme que tous les Français savent nécessaire ».

FiRST : la stratégie consistant à opposer personnels du public et du privé a déjà été testée avec succès par une ancien Président de la République. Tous les salariés en ont payé le prix fort. Cette fois, l’ensemble de la population est sollicité pour appuyer les sombres desseins du Gouvernement.

Effectivement, la réforme est nécessaire. Elle est même indispensable lorsqu’il s’agit de stopper de toute urgence les suppressions de postes, d’en revenir à un système ferroviaire efficace parce qu’intégré, de désendetter la SNCF, de jeter à la porte tous ces technocrates qui ne connaissent rien au chemin de fer et qui ne sont guidés que par l’ambition personnelle, de replacer le ferroviaire au centre des préoccupations de la SNCF, de motiver le personnel au lieu de le persécuter… Mais à ces pistes fondées sur le bon sens, le Gouvernement préfère opposer les techniques du moyen-âge : prescrire au malade déjà affaibli des saignées ! FiRST plaide pour une réforme… qui va dans le bon sens !

 

Eclatement puis privatisation de la SNCF

Edouard Philippe : « Il convient d’examiner calmement la transformation de la SNCF en société nationale à capitaux publics… une telle transformation serait l'inverse d'une privatisation puisque l'État y détiendrait des titres incessibles ».

FiRST : Première conséquence d’une transformation de la SNCF en société « nationale » : des frais financiers supplémentaires dus à la perte du statut d’EPIC. Cette décision constitue bien un premier pas la privatisation de l’Entreprise. L’exemple de France Télécom, devenue Orange, est particulièrement révélateur : malgré toutes les promesses faites à l’époque, l’Etat ne détient désormais plus qu’un quart du capital d’une entreprise qui relevait hier du service public.

Précisons aussi que le Gouvernement annonce une montée en puissance des investissements sur le réseau classique (hormis le tiers du réseau visiblement condamné) juste avant la privatisation de la SNCF et de l’arrivée des premiers concurrents sur les réseaux régionaux. Pour le privé, l’argent frais existe. Pour le public, la dette est maintenue…

 

Soutiens médiatiques

FiRST s’étonne du soutien apporté par de grands médias à la réforme prônée par le Gouvernement. Hormis quelques débats qui ont permis aux parties prenantes de détailler leur approche, la problématique de la réforme n’a souvent été abordée qu’en fin de journaux télévisés et de manière superficielle. Priorité à l’info : « en hiver, il fait froid ! ». Des consignes auraient-elles été données ?

Peu de journalistes ont pris le parti de souligner l’approche grotesque et écœurante visant à rendre responsables les cheminots et leur Statut de la déliquescence du système ferroviaire français. Si certains ont osé une comparaison avec le rail Allemand, peu ont rappelé ce que les réorganisations successives du rail anglais ont coûté au contribuable… Rendons néanmoins hommage aux journalistes qui ont battu certaines idées reçues qui réapparaissent en période de tension social : « prime de charbon » et autre « prime pour absence de primes »…

Unité syndicale

De nombreux cheminots réclament l’unité syndicale… « S’il n’y pas d’unité syndicale, ce sera sans moi » annoncent d’ores et déjà certains d’entre eux, face aux actions qui se profilent…

FiRST tient à rappeler à tous certains éléments factuels :

  • A la SNCF, l’unité syndicale n’existe plus depuis les élections professionnelles de 2009. Depuis cette date, où les cartes de la représentativité syndicale ont été rebattues, plus aucune interfédérale, plus aucun mouvement rassemblant les 9 syndicats de la SNCF n’a pu voir le jour. C’est regrettable, mais c’est comme ça !
  • Malgré la situation à laquelle la SNCF et son personnel sont actuellement confrontés, la raison n’a pas emporté certains syndicats qui persistent à pratiquer la division.

Pour FiRST, l’heure n’est pas aux guéguerres de clans, aux objectifs électoralistes, aux approches contradictoires… FiRST a longtemps plaidé en faveur de l’union syndicale… sans être entendue… Peu importe : nous avons toujours su prendre nos responsabilités, comme lors du combat contre la réforme de 2014. FiRST invite ceux qui revendiquent l’union à la construire et à l’imposer ! N’espérez pas l’union : bâtissez-là ! FiRST vous soutiendra. C’est le seul chemin vers la victoire !

Actions

Une grande manifestation est d’ores et déjà programmée le 22 mars à Paris. FiRST a annoncé sa participation dès le mois de février. FiRST souhaite que cette action constitue une véritable démonstration de force. La lutte pour l’avenir de la SNCF et le maintien des acquis des cheminots débutera ce jour.

Tous concernés, tous mobilisés !

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