SNCF : il est temps de siffler la fin de la récré

Publié le par Syndicat FiRST

 

Pour la nième fois, le méchant Pepy devrait de faire tirer les oreilles par la gentille Elisabeth aujourd'hui. A la SNCF, pannes, dysfonctionnements et autres retards se sont succédés en 2017.

Chaque fois, les usagers ont fait part d’une légitime exaspération.

Et presque chaque fois, le Président de la SNCF a été convoqué pour se faire tirer les oreilles.

La mécanique est bien huilée, comme la réponse du numéro 1 de la SNCF : « mon mandat est à la disposition du Gouvernement ». Ces effets de scène, à quoi mènent-ils au juste ? A rien, et c’est bien le problème. Consciente des limites de l’exercice, Elisabeth Borne a fini par adoucir le statut de la rencontre. Il s'agirait d'une réunion de travail pour faire enfin avancer les choses.

Un soupçon de mea culpa qui s'additionne aux voix qui s’élèvent de partout. La SNCF ne serait pas la seule responsable de la situation, l’Etat doit assumer les décisions (ou non-décisions) prises depuis une trentaine d’année.

Simple figure de style ou réelle prise de conscience ? Réponse à l’issue de la rencontre !

 

En attendant, il est bon de rappeler que la priorité donnée au "tout-TGV", au détriment du réseau classique, relève d’un choix politique.

Que depuis plus d’une trentaine d’année, le réseau classique a été délibérément laissé à l'abandon, malgré les alertes répétées de la SNCF et des cheminots, et qu’à force de trop tirer sur la corde, elle finit aujourd'hui par se rompre.

Que, quand bien même les investissements consentis aujourd’hui seraient doublés ou triplés, les contraintes de réalisation des travaux interdisent tout espoir de voir la situation s’améliorer à court terme : il faudra du temps, beaucoup de temps pour remettre le réseau à niveau.

Qu’en 2014, la réforme du système ferroviaire a réintégré au sein de la SNCF la dette relative aux infrastructures ferroviaires, environ 44 G€, qui relève de la responsabilité de l’Etat. Dette que les représentants du candidat Macron aux présidentielles s’étaient engagés à reprendre intégralement.

Que la reprise de cette dette était, selon une directive européenne, la contrepartie de l’ouverture des réseaux ferrés à la concurrence. Or, la dernière étape de cette ouverture est programmée, et le poids de la dette n’a toujours pas été levé.

Que l’organisation interne de la SNCF n’est plus bâtie sur les exigences ferroviaires, qui réclament un haut degré d’intégration, mais sur des modèles cloisonnés qui nuisent à l’efficacité et à la réactivité de l’Entreprise.

Que le nombre de suppressions de postes à la SNCF atteint 2000 par an, alors que les exigences notamment en termes de remise à niveau du réseau et d’information des voyageurs augmentent d'année en année.

Que tout a été mis en œuvre pour démotiver le personnel : stagnation des salaires, dégradation des conditions de travail, augmentation des pressions individuelles ou collectives, recrutement massif de dirigeants ambitieux, autoritaires et sans état d’âme qui appliquent sans rechigner des politiques contraires aux intérêts réel de la SNCF.

Que l’avenir même de la SNCF et de son personnel se joue quelque part dans un couloir, en toute opacité, au bout du stylo d’un ancien dirigeant d’Air France inspiré en priorité par les attentes du Gouvernement qui l’a nommé.

Et, qu’enfin, à s'inspire des conclusions des « Assises Nationales de la Mobilité », l’avenir du chemin de fer français serait plutôt la route que le rail : les participants se sont échinés à écarter la SNCF de tout projet.

Alors, si Guillaume Pepy devrait se faire tirer les oreilles, le bon sens voudrait qu’il ne soit pas seul. Des dizaines, des centaines d’oreilles devraient être tirées. Rien n’indique non-plus qu’Elisabeth Borne, ex-directrice de la stratégie SNCF et ex-présidente de la SNCF soit la mieux placée pour appliquer la terrible sentence.

L’avenir de la SNCF et de son personnel exige une remise à plat de tout le système ferroviaire, l’identification des responsabilités de chacun, la création d’un nouveau modèle reposant sur une recherche réelle d’efficacité (et non d’efficience !), sur des investissements à hauteur des enjeux exprimés, et sur la reconnaissance du personnel qui oeuvre tous les jours, dans des conditions de plus en plus dégradées, au fonctionnement du service public.

Le Gouvernement doit désormais s'interdire toute incantation sur la qualité, tout effet de scène au lendemain des dysfonctionnement. Les clients méritent mieux que ça.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article