Paralysie de la gare Montparnasse : le temps est au pragmatisme, pas à la polémique !

Publié le par Syndicat FiRST

Au lendemain d'une nouvelle paralysie totale des trafics en gare de Montparnasse, FiRST estime que le temps est venu de se poser les bonnes questions et de mettre fin aux effets de scène qui, loin d'apporter des solutions, conduisent plutôt à noyer le poisson.
 
 
 
  • Rappel : les postes d'aiguillage, comment ça marche ?
 
Aux balbutiements des chemins de fer, chaque aiguille ou signal était commandé à pied d'œuvre par un cheminot. L'expansion du rail a très vite conduit les entreprises à regrouper la commande de plusieurs installations dans un même poste d'aiguillage. Tout d'abord en utilisant des dispositifs de tringlerie ou de câbles, reliant les signaux et appareils de voie aux postes, puis en utilisant des commandes électriques. La gestion Informatisée des itinéraires a vu le jour dans les années 80. Au fil du temps, les périmètres des postes d'aiguillage se sont constamment élargis.  Certains d'entre eux commandent plusieurs centaines de kilomètres de voies.
 
  • Avec l'informatisation des postes apparaît un nouveau type de panne redoutable, le bug
 
L'informatique a permis d'énormes gains de productivité, à travers la suppression du personnel de nombreux petits postes. Mais cette solution a induit un nouveau genre de panne, jusque là inconnue sur le réseau : le bug.
 
Jadis, les impacts d'un dérangement d'installations étaient cantonnés à un itinéraire bien défini dans une gare préciseL'incident affectait un nombre limité de trains.
Le bug informatique, lui, paralyse l'ensemble des circulations dans la zone du poste. Son impact est d'autant plus important que les postes modernes commandent des zones de plus en plus denses.
 
Plus généralement, l'imbrication à l'extrême des dispositifs de gestion des circulations a tendance à créer des effets domino. Ainsi une simple panne dans une armoire technique peut désormais stopper l'ensemble des trafics, comme ce fut le cas cet été à Montparnasse.
 
 
  • Ce que l'on peut retenir de la multiplication et de l'ampleur des pannes  :
 
1) L'informatisation des postes d'aiguillages, si elle offre un confort de gestion des circulations en temps réel et une exploitation à moindre coût, comporte un revers de la médaille : en cas de bug, plus rien de fonctionne (ce qui était inconcevable avec les anciennes technologies).
 
2) L'élargissement démesuré des périmètres des nouveaux postes donne au moindre incident un impact aussi démesuré.
 
3) La SNCF ne semble pas avoir fait figurer, ni dans le cahier des charges, ni dans la conception de ces postes informatisés, de possibilité de gestion des circulations en mode dégradé : pas de plan B en cas de panne générale. C'est bien là que le bât blesse.
 
  • Ce qui est indispensable pour limiter l'impact des incidents :
 
1) Remettre à plat les cahiers des charges et la conception des postes informatisés en service ou à construire avec un impératif : une seule panne ne doit jamais aboutir à  une paralysie totale du trafic. La situation actuelle n'est pas admissible.
 
2) Revenir à des périmètres de gestion des trafics plus raisonnables afin de cantonner les effets des incidents à des zones plus réduites
 
3) Mettre à disposition, dans les postes et sur le terrain, les personnels nécessaires à gérer les trafics et indispensables à prendre en charge efficacement les voyageurs touchés par l'incident
 
4) Cesser les invectives stériles et autres démonstration d'autorité au profit d'une approche pragmatique de la situation, visant à identifier puis corriger les erreurs de conceptions des postes, et à offrir des solutions de repli en cas d'aléas.
 
  • La SNCF souhaite diviser par cent le nombre de ses postes d'aiguillages... et risque de multiplier d'autan les conséquences d'un incident...
 
A l'aune de la multiplication des incidents affectant des postes informatisés gérant de larges périmètres, il serait bon de s'interroger sur l'opportunité de supprimer quelque 1500 postes d'aiguillages de gares moyennes au profit de 16 centres de gestion régionaux. Ce projet de la SNCF risque bien d'étendre les impacts d'un incident mineur à des pans entiers de son réseau. Excès de productivité, attention, danger !
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