Relations sociales à la SNCF : le point de vue de FiRST

Publié le par Syndicat FiRST

 

Vivons nous tous dans le même monde ? La question mérité d'être posée à la lecture d’une interview de Guillaume Pepy réalisée par le magazine Challenges. FIRST se limitera à commenter l’un des points abordés, et non des moindres, les relations sociales à la SNCF. Preuve que suivant l’endroit où l’on se place, le point des vue n’est pas le même, voire radicalement opposé !

 

 

 

Extraits de l’interview de Guillaume Pepy :

Est-ce vrai de la SNCF dont les relations sociales n'ont pas toujours été très " créatives " ?

« Le principe que la négociation paie désormais plus que la grève change la donne. En trois ans, nous avons signé 32 accords d'entreprises ! Et connu un seul échec, sur les 35-heures. Nous avons également négocié, sans grève, l'accord qui permet de passer les cadres de l'entreprise au forfait jours. Quant au fonctionnement du groupe, il est aussi en pleine mutation. En favorisant la décentralisation et la responsabilisation, j'ai mis le poids du corps de l'entreprise sur le terrain et sur le client. Décentraliser le dialogue social est un processus long. Louis Gallois le rappelait ­– non sans humour – à l'époque où il présidait l'entreprise : la SNCF, c'est l'armée plus la discipline ! »

 

Voilà en gros une quinzaine d’année que les syndicats, à la SNCF comme ailleurs, concentrent leurs « luttes » sur le maintien des acquis. Une situation entrée dans la normalité alors qu’en principe, leur rôle ne se limite pas à cela. Faut-il le rappeler, les avancées sociales dont bénéficient encore les salariés, à des degrés divers, sont le fruit des combats menés par nos anciens. Sans leur implication, parfois leur sacrifice, point de congés payés, point même de repos hebdomadaires, point de droit des salariés mais que des devoirs envers leurs entreprises. Les patrons « sociaux », qui jadis offraient des avantages en nature à leurs salariés, n’étaient pas forcément philanthropes. C’était pour eux une manière de fidéliser une main d’œuvre notamment en période de plein emploi.

 

Les droits des salariés fondent comme neige au soleil, sous les coups de boutoir de gouvernement cyniques ou traîtres et d’un libéralisme européen totalement décomplexé. Pourquoi ? Parce que depuis plus d’une décennie, l’équilibre des forces est rompu. Cette situation n’est pas le fait du hasard. L’érosion de la solidarité entre travailleurs, l’égoïsme de ceux qui ont cru que la négociation individuelle rapporte plus que la négociation collective et qui pleurent désormais des pressions qui leurs sont infligées, l’indifférence de ceux qui bénéficient des acquis sociaux sans jamais s’investir dans leur développement ou leur préservation constitue sont le terreau de la force patronale. Par ailleurs, sur le plan politique ou syndical, le salarié citoyen ne mesure pas toujours toutes les conséquences de ses votes... ou de son abstention…

 

 

Non, la  négociation ne rapporte pas plus que la grève ! Pas à la SNCF en tout cas, où, dans la vraie vie, les reculs sociaux se multiplient ! Syndicat résolument réformiste, FiRST rêverait d’un monde meilleur où, salariés et patrons, dans un élan de responsabilités partagé, négocieraient et valideraient des accords gagnant-gagnant. La réalité est moins onirique car, un tel type d’accord ne peut être envisagé qu’en cas d’équilibre des forces entre parties. Dans le cas contraire, le plus fort imposera systématiquement son point de vue au plus faible. Une "négociation" le pistolet sur la tempe, c'est toujours une négociation perdante.

 

Voilà 15 ans que certains syndicats se battent encore, avec des troupes restées fidèles. Mais leur puissance de feu a été réduite pour les raisons précédemment évoquées et ne permet plus que de gagner quelques batailles. La grève ne rapporte pas plus que la négociation lorsque les mouvements s'étiolent pour diverses raisons. Des avancées sociales historiques fruits tombent parfois en quelques mois…sous les feux convergeant et nourris des gouvernements et du patronat.  Des négociations ? Mais avec qui au juste ? Avec 4 des 9 syndicats de la SNCF comme la loi le prévoit depuis 2008 ! Depuis 10 ans, les autres ont été écartés de l’information la plus basique, sur décision unilatérale de la Direction, et des intersyndicales, sur décision des plus importantes fédérations. Bonjour la transparence, bonjour l'unité syndicale, bonjour les dégâts pour les salariés !

 

Outre l'opacité délibérément entretenue depuis une décennie, l’apparition dans le giron syndical d’un nouveau courant a largement contribué à alimenter le mirage des « bénéfices » de la négociation. Aux courants syndicaux « révolutionnaire » et « réformiste » s’en est ajouté un troisième, l’ « accompagnement ». Les deux premiers partageaient le même but : développer ou défendre les acquis sociaux. Le premier ayant pour objectif, par parvenir à ses fins, de bouleverser totalement les règles établies. Le second souhaitant pour sa part faire évoluer la législation et les réglementations, toujours au bénéfice des salariés. Le troisième courant, plus récent, plus "moderne", soutient quant à lui les réformes fussent-elles rétrogrades. Ou les condamne après coup. Son argument de vente : « le moins pire ». En résumé, "si nous n’étions pas intervenus, vous auriez été de de beaux draps"… Force est de constater que ce « syndicalisme » est de plus en plus plébiscité dans les urnes. Les conséquences de certains choix, fussent-ils profondément démocratiques, sont dramatiques.

 

La réalité est que depuis quinze ans, la négociation ne rapporte plus rien… sauf peut-être à certains... Mais pas aux salariés en tous cas. Et la grève pas toujours beaucoup plus ! Surtout lorsque de puissantes fédérations ou confédérations privilégient la division au rassemblement, les journées d’action isolées "Catalogue de la Redoute" aux mouvements réellement unitaires et ciblés. Les relations sociales se sont-elles améliorées depuis qu’il y a moins de grève et que 32 accords ont été signés ? Que nenni ! Depuis des lustres, la direction s’assoit délibérément sur sa propre réglementation et sur les accords qu’elle signe. Suppressions de postes, dégradation des conditions de travail, pressions, intimidation, parfois licenciements... se succèdent. Fini la gestion paternaliste du personnel. Elle a disparu dans les années 90 au profit d'un "management" des "ressources humaines" à l'américaine. Impossible, désormais, de régler le moindre litige en interne, même lorsque les torts de l’Entreprise sont clairement établis. Désormais, le recours aux prud’hommes, jadis exceptionnel, est devenu la règle.

 

 

A part cela, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : on n’a jamais signé autant d’accords à la SNCF ! Le forfait-jour permet à l’entreprise de rendre une partie de son encadrement taillable et corvéable à merci, sans contrepartie notoire, et sur la base de « volontariat » de parfois imposé dès l’embauche… ou plus tard. La décentralisation évoquée par le président de la SNCF, c’est autant de structures quasi-autonomes qui disposeront bientôt, comme rendu possible par l’ « accord » remplaçant le RH 0077, de règles de travail « adaptées » suite « négociation » avec les complices de la direction. Le « client » ? Il n’a jamais été aussi insatisfait depuis qu’il a été érigé en objectif ultime. Les recherches permanentes d’efficacité et de qualité, hier au centre de toutes les préoccupations, ont été remplacées par une quête d’ « efficience » (faire le mieux possible avec de moins en moins de moyens, en acceptant une part de dysfonctionnements et de risques). « Décentraliser le dialogue social »… C’est bien l’objectif des lois travail et autres ordonnances promulguées par les gouvernements successifs. Avec un but, éroder les règles dans leur globalité, abaisser les acquis sociaux de l’ensemble des salariés.

 

Le président de la SNCF présente les relations sociales dans son entreprise sous un angle  aussi virtuel qu'idyllique. FiRST  oppose à son point de vue une bien triste réalité. Celle d’une SNCF qui perd peu à peu son âme, sa vocation, et perdra bientôt, sauf électrochoc, une bonne partie des clients du rail. D’entreprise ferroviaire dotée d’une personnel à Statut, la SNCF est devenue un « Groupe » de « mobilités » qui renie sa parenté ferroviaire et ses valeurs, au détriment des intérêts du plus grand nombre.

 

Comme déjà écrit par FiRST, chacun est maître de son destin. Rien n’est figé. Les reculs sociaux, issus des urnes, sont l'incarnation des convictions des uns, ou les fruits de l'ignorance ou l'indifférence des autres. L’indifférence peut être combattue dès à présent. L’ignorance aussi. Les convictions peuvent évoluer. Les urnes seront susceptibles  d'offrir;  demain, un tout autre avenir aux salariés. L’important, c’est de se rassembler dès aujourd’hui pour jeter dès à présent les bases l’environnement social de demain. Pas celui des accords signés, affichés, et non-respectés, mais celui d’un réel progrès social.

Ensemble, rééquilibrons les forces. Les portes de FiRST sont ouvertes.

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