Journée Internationales des Assises de la Mobilités : ou comment oublier le train en 4 heures...

Publié le par Syndicat FiRST

 

Elles ont été lancées en décembre et doivent se conclure le 13 septembre… Les « assises nationales de la Mobilité » sont censées alimenter les réflexions du Gouvernement en amont de la promulgation de la Loi d’Orientation sur les Mobilités Intérieures, début 2018. Ce texte arrêta les axes stratégiques des transports publics et impactera, au passage, la SNCF dans ses missions et sa consistance. Ce point, tout comme la dernière étape d’ouverture à la concurrence du réseau ferré, est exclu  de tout débat national et régional. Jugé trop sensible, le sujet fait l’objet d’une étude menée en parallèle par un ancien PDG d’Air France. Jean Cyril Spinetta est censé rendre sa copie, sans doute avec son lot de surprises, mi-janvier. Ensuite, tout devrait aller très vite.

 

Le Gouvernement décida récemment d'offrir à ses "Assises" une dimension internationale. C’est ainsi que naquit la « journée internationale de assises nationales de la mobilité ». Celle-ci se déroula le 24 novembre 2017 au Palais de Congrès de Paris. Présidée par Elisabeth Borne, en présence de son homologue italien en charge des Transports et d’Anne Marie Idrac, également connue pour son passage aux Transports et à la tête de la SNCF et de la RATP, cette rencontre rassembla sur scène des « panélistes » spécialistes de nouvelles technologies ou organisations relatives aux mobilités. Trois tables rondes se sont succédées, sans possibilité d’intervention du public en temps réel… ni en temps différé, d’ailleurs :

1 : Nouvelles formes de mobilité, digitalisation…

2 : Enjeux de la conduite automatisée et politiques de mobilité.

3 : Critères et enjeux de la mobilité durable.

 

Officiellement, il s’agissait d’ « éclairer, à partir d’exemples étrangers et de personnalités invitées, les enjeux de la transformation des systèmes de transports et des pratiques de mobilité ; de nourrir le débat sur le rôle que la puissance publique, aux échelles nationales et locales, peut jouer pour faciliter la recherche et l’innovation, le développement et la diffusion de projets et de services innovants de mobilité ; d’alimenter les conclusions des Assises nationales de la mobilité par le contenu des échanges issus de la journée internationale »… Sauf qu’aucune de ces approches n’a évoqué, ni de près ni de loin, le rôle et l'existence même du train !

 

De quoi a-t-on parlé ?

 

De nombreuses interventions ont gravité autour du numérique et de la digitalisation : modélisation des villes en 3D proposée par une filiale d’Engie, information en temps réel, dématérialisation des titres de transport, interrogation sur la sûreté des données, développement des véhicules autonomes ou connectés (sous la responsabilité d’Anne Marie Idrac) avec le soutien de l’Union Européenne, amélioration des performances des batteries embarquées… Plusieurs intervenants ont détaillé les outils informatiques déployés au Kenya, à Singapour ou en Finlande en faveur des transports en commun. Des applications essentiellement techniques qui, à quelques exceptions près, s’adressent donc essentiellement aux habitants des grandes villes ou autres métropoles. Des usagers qui ont déjà la chance de disposer d’un réseau de transports en commun bien structuré et, dans leur poche, d’un Smartphone dont ils maîtrisent toutes les subtilités.

 

Vues à travers le prisme de ces débats, les mobilités de demain seraient essentiellement urbaines, presqu’exclusivement connectées. Les dessertes s'articuleraient entre voitures, navettes et bus non-polluants et autonomes. Et l'informatique lisserait la demande en fonction de l'offre… Pourquoi pas, après tout… Sauf que les territoires ne sont pas constitués que de villes, que la dimension « aménagement du territoire » se doit d’être intégrée dans tout projet, et que l’automatisation des modes de transports aura forcément des conséquences sociales, point qui a juste été effleuré. S’extirpant du tableau brossé sur mobilités de demain, des intervenants ont rappelé que l’ensemble de la population n’est pas doté de Smartphone, et que parmi les heureux propriétaires de ce gadget désormais indispensable, seule la moitié maîtrisait le fonctionnement des applications. Quelques images des transports au Kenya ont également permis à l’assistance de s’échapper, un court instant, au monde virtuel dans lequel les organisateurs avaient plongé la salle.

 

La prouesse de cette journée internationale ne réside pas dans l’étalage des progrès techniques censés rendre plus performantes les mobilités de demain. Elle consiste plutôt à avoir réussi, 4 heures durant, à déconnecter les participants de la réalité des transports quotidiens, pour les faire voyager dans le monde virtuel des transports de demain. Un monde élitiste dont l'unique accès s'appelle Smartphone, dont les principaux itinéraires sont urbains, et visiblement tout à fait débarrassé du train : durant cette table ronde, les mots "transport ferroviaires, trains, ou SNCF" n’ont pas été prononcés, même pas une fois. De quoi s’inquiéter à la veille de la restitution des travaux des Assises Nationales de la Mobilité…

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