Les effets pervers de la fusion des régions sur la vente de billets TER

Publié le par Syndicat FiRST

 

Depuis 2002, les Régions sont responsables des périmètres et des tarifications TER. Cette évolution avait permis, à l’échelle du pays, de moderniser les parcs de matériels roulants régionaux, d’adapter plus finement des dessertes aux besoins des usagers, parfois même de rouvrir certaines lignes laissées à l’abandon. Sur le plan de la tarification, des initiatives diverses et variées ont été prises ça et là : tarifs attractifs ou spécifiques, cartes de transports multimodales... Revers de la médaille : le manque total de cohérence tarifaire entre les régions.

De la récente fusion souhaitée par le précédent gouvernement sont nées 13 grandes régions… Et derrière tout cela une nécessité d’harmoniser les tarifs sur ces nouveaux périmètres. Pas toujours à l’avantage de l’ensemble des usagers des anciennes régions, certains ayant constaté une hausse des titres de transport et la disparition de certains avantages. Au-delà de l’approche financière, il s’agissait aussi d’ajuster  l’outil informatique aux nouvelles prestations. Et c’est là que le bât blesse. Il semble qu’une fois de plus, la charrue ait été mise avant les bœufs.

Exemple : La Région Grand-Est, où l’Alsace a pris la main sur les tarifs. Les réductions de Champagne-Ardenne et de Lorraine se sont pour la plupart effacée effacées au profit des règles alsaciennes dès septembre. Sauf que l’outil informatique n’a pas suivi. Pour contourner cette difficulté, les guichetiers pouvait faire appel à « Mosaïque », l’outil informatique de la SNCF, le temps que le logiciel typiquement régional soit au point. Sauf que les errements de ce dernier n’ont toujours pas été redressés et que le recours à la solution de secours est désormais interdit aux cheminots.

Bilan, ça coince. Là où quelques clics de souris suffisaient à éditer un aller-retour, ou un billet TER à tarification multiple, il faut désormais que l’usager et que son guichetier s'arment de patience. Car si le cheminot valide bien deux réductions successives, par exemple un tarif découverte et une réduction famille nombreuse pour un même parcours TER, le système n’en retient qu’une… Et le prix s’en ressent. Il est donc indispensable de fractionner les parcours. L’agent SNCF, doit entrer, pour tous les tronçons empruntés, l'ensemble des éléments relatifs au voyage. Manœuvre à répéter intégralement pour un titre de transport  aller-retour.

Là où, pour valider un billet simple, un clic était nécessaire, il en faut désormais 6. Si deux clients voyagent ensemble, avec des réductions différentes, il en faut douze. Concrètement, le temps d’édition de ce type de billet passe de 20 secondes… à trois minutes, soit 9 fois plus. A multiplier par le nombre de clients. Des désagréments qui rejaillissent sur l’usager, prisonniers de files d’attente, et sur les guichetiers, confrontés à une hausse de la charge de travail et à une dégradation de leurs conditions. Cela fait deux mois que les cheminots, avec FiRST, alertent leur direction. Celle-ci leur avait promis que tout rentrerait dans l’ordre, en temps et en heure… En vain.

Les cheminots concernés ont légitimement réclamé une compensation des efforts qu’ils manifestent tous les jours pour surmonter une situation (délibérément ?) dégradée. Réponse de la direction : « c’est votre boulot ! ». Pas question de faire évoluer temporairement la prime de travail ! Tout juste aurait-elle consenti à augmenter le budget animation de l’UO concernée d’un montant qu’elle n’a pas communiqué. Mais ce ne sont pas quelques chèques cadeaux d’une vingtaine d’euros distribués cà et là qui calmeront une grogne qui s’étend. Les rencontres avec la direction se poursuivent et la pression est mise, avec le soutien de FiRST

Pour un guichetier, «  les contraintes techniques prennent le dessus sur nos missions de conseil ».

Effectivement, ce nouveau cafouillage démontre le peu de cas que font la  nouvelle Région Grand Est et la SNCF d’une notion de « service public » bien passée de mode. Quant à l’objectif de recherche de nouvelles sources de productivité constamment assigné à la SNCF, on en voit le résultat.

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